Paris - Salon de l'éducation - 29 novembre 2008
Eric Favey > La France a trop besoin de tous ses éducateurs pour en sacrifier aucun !



La France a trop besoin de tous ses éducateurs pour en sacrifier aucun !

Ainsi donc le ministre de l’éducation nationale dit « qu’il ne nous laissera pas tomber », rapporte la presse du jour. Nous allons le prendre au mot, mais il se trompe d’objet réel.

Ce n’est pas de nous dont il s’agit mais des millions d’enfants et de jeunes avec lesquels et pour lesquels nous sommes engagés sur le chemin de l’éducation, des dizaines de milliers d’enseignants, d’éducateurs, d’élus à qui nous apportons notre concours, des centaines de milliers de parents qui trouvent en nous des occasions uniques de participer à des actions éducatives.

Nous avons déjà dit cela, ici même au salon de l’Education...

Le 17 novembre 2004 dans un manifeste rendu public ce jour là.

Un extrait :

« Nous voulons défendre et actualiser l’héritage d’un modèle éducatif qui continue d’être une référence partout dans le monde. Nous revendiquons dans le même temps la reconnaissance de l’engagement d’hommes et de femmes pour qui éduquer participe, dans la vie sociale, d’une démarche citoyenne. Nous demandons, en fonction des évaluations qui en sont faites, que soient garanties :

  • - La pérennité et la qualité d’un service public d’éducation de tous,
  • - La reconnaissance et le soutien du monde associatif complémentaire à l’école quand il se situe ni en concurrence ni en substitution de sa mission,
  • - La mise en oeuvre d’actions concertées avec tous les échelons des pouvoirs publics qu’ils relèvent des collectivités locales comme de l’Etat. »


Le 25 novembre 2005, alors que de nombreux quartiers populaires étaient encore sous le couvre-feu après les émeutes urbaines déclenchées par le drame de la mort de deux enfants à Clichy, morts de s’être réfugiés, la peur aux trousses, dans un transformateur, nous disions notre lassitude de devoir toujours et encore nous justifier et notre colère devant une politique d’abandon progressif de la vie associative par l’Etat qui serait lourde de conséquences.

Extraits :

« Lassitude de devoir toujours nous justifier, justifier de notre utilité, de notre engagement, pour l’enfance et la jeunesse de notre pays, de notre « productivité éducative », de notre contribution à l’action de l’Ecole…lassitude de la douce musique des discours de circonstances sur la vie associative, des hommages qui lui sont rendus en périodes électorales avec leur cortège de promesses oubliées une fois les scrutins clos, des appels lancés à sous-traiter l’impuissance publique. Vous la connaissez la douce musique soudainement interrompue par le gong des impératifs budgétaires, la sonnerie des inévitables grands équilibres auxquels on ne soumet pas les bénéficiaires de cadeaux fiscaux, le choeur du redéploiement de l’action publique pour désendetter la France…Quand un gouvernement, et notamment nous concernant, le ministère de l’Education nationale, veut faire des économies sur le dos des associations qui complètent et accompagnent l’Ecole publique, il fait des économies de bouts de chandelles qui se révèleront aussi des causes d’embrasement ! Le gouvernement décourage, interrompt, fragilise là où au contraire, il devrait encourager, poursuivre et conforter. »

L’obstination, la brutalité et l’irresponsabilité des mauvais épiciers et des conservateurs

Et nous voilà trois ans après pour tenter de comprendre les raisons d’une politique sans précédent de régression du soutien accordé par le ministère de l’Education nationale à nos mouvements dont nul ne conteste l’importance et pour sensibiliser l’opinion sur ses conséquences terribles.

Pourquoi une telle brutalité dans les décisions annoncées sans préavis, sans discussions ?

En l’absence de raisons effectives, fondées sur des arguments recevables, nous ne pouvons que supputer, imaginer.

Cela a le mérite de nous inviter à chercher au coeur même de notre identité, de notre identité républicaine et démocratique.

Risquons deux hypothèses. La première financière, la seconde idéologique.

Financière donc ou plutôt budgétaire, au regard de la crise bien sûr, de l’endettement insupportable… Et on voudrait nous faire croire que quelques millièmes du budget du ministère de l’Education nationale y changerait quelque chose.

D’autant que nous avons fait la preuve qu’en nous attribuant un euro, l’Etat nous permet d’en produire 8 ! Quelle productivité ! Qu’on ne nous fasse pas des procès en usage de fonds publics !

Non, si les raisons sont budgétaires je vous propose d’appeler à la rescousse ce bon vieil Hugo, Victor Hugo qui, il y a 160 ans intervenait ainsi devant l’assemblée nationale.

C’était donc en 1848.

« Personne plus que moi, messieurs, n’est pénétré de la nécessité, de l’urgente nécessité d’alléger le budget.

J’ai déjà voté et continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l’exception de celles qui me paraitraient tarir les sources mêmes de la vie publique et de celles qui, à côté d’une amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine. C’est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j’appellerai le budget des lettres, de sciences et des arts.

Que penseriez-vous, messieurs, d’un particulier qui aurait 500 francs de revenus, qui en consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste, 5 francs, et qui , un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous ? Voilà, messieurs, la mesure exacte de l’économie proposée.

Et bien ! Ce que vous ne conseillez pas à un particulier, au dernier des habitants d’un pays civilisé, on ose le conseiller à la France.

Je viens de vous montrer à quel point l’économie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand.

Ce système d’économie ébranle d’un seul coup tout net cet ensemble d’institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française.

Et quel moment choisit-on pour mettre en question toutes les institutions à la fois ? Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir. »

Quelle continuité dans les conservatismes et les choix d’épiciers, de mauvais épiciers !

Les raisons sont-elles politiques, idéologiques ?

Nos associations ont-elles le tort de ne pas penser comme il faut ?

Veut-on nous faire comprendre qu’on ne mord pas la main de celui qui vous nourrit ?

Veut-on nous mettre au pas, nous contraindre à un rôle de supplétifs, d’exécutants ?

Est-ce cela la conception de la laïcité qui postule la diversité et la liberté de penser ?

Est-ce un signe avant coureur de ces régressions démocratiques, de cette caporalisation que certains observateurs voient naître dans notre société ?

Ainsi, il eût fallu ne rien dire de la suppression programmée de la carte scolaire, certes insuffisante pour assurer une réelle mixité sociale, mais décrétée sans nuances ni réflexions suffisantes, alors que la plupart des spécialistes alertaient sur un remède qui serait pire que le mal. Nous le savons maintenant, les faits en attestent, que nous avions raison de nous alarmer d’une décision hasardeuse.

Ainsi donc, il eût fallu ne rien dire des risques, atténués depuis, d’une réforme des programmes de l’école primaire , régression culturelle et pédagogique, apologie d’une approche mécanique et uniforme des apprentissages, niant la rigueur de la recherche scientifique et ignorant les bases mêmes du développement cognitif des enfants. Une réforme allant à l’inverse de celles qui sont en cours dans les autres pays européens qui visent, elles, à développer l’autonomie et la curiosité des enfants afin de les outiller pour la société de la connaissance, pour apprendre toute leur vie.

Ainsi donc il eût fallu se taire devant les risques d’un retour de l’instruction morale nourrie du « prêt à penser », obsession nostalgique d’une école d’il y a 120 ans pour penser le vivre ensemble de la France dans le monde de 2008.

Ainsi donc nous aurions dû ne rien dire des conséquences de la suppression sans débat du samedi matin à l’école primaire, de la réduction sans concertation de la semaine scolaire avec son inévitable corollaire, la semaine de 4 jours, pire des solutions pour les rythmes des apprentissages, et pour les parents qui n’ont aucun recours éducatifs le mercredi.

Ainsi donc il eût fallu ne pas comprendre la colère des collectivités locales devant le mépris dans lequel elles sont tenues, sommées de « se débrouiller » et de payer les factures avec les évidents risques d’inégalités croissantes entre elles.

Ainsi donc il eût fallu se taire devant le choix d’une diminution sans précédent des personnels dans les établissements, plus de 30000 en trois ans et près de 100000 programmés durant ce mandat présidentiel ! Cette atteinte historique à l’obligation nationale d’éducation scolaire pour tous aurait dû être passée sous silence par des mouvements associatifs qui se sont constitués pour instituer l’Ecole de la République, pour la promouvoir, pour la défendre, pour la compléter et l’accompagner dans ses missions.

Ainsi donc nous aurions dû ne pas nous émouvoir aussi d’une invraisemblable tirade sur les enseignants d’écoles maternelles et le coût inutile de leur formation pour endormir et changer les enfants de 2 ans.

Ainsi donc il eût fallu ne pas s’inquiéter des risques de réduction de la formation professionnelle des enseignants, là encore à l’inverse des choix des autres pays de l’OCDE.

Mais alors, à contrario, nous aurions dû ne rien dire de l’intérêt et du véritable saut qualitatif que peut représenter la nouvelle obligation nationale d’organiser à terme l’accompagnement éducatif de tous les enfants et jeunes scolarisés.

Bien sûr notre présence sur ces temps périscolaires nous ont aussi incité à exercer notre vigilance sur les risques d’externalisation de certaines missions de l’Ecole ou de scolarisation excessive de temps de vie des enfants et des jeunes. Mais dans bien des endroits déjà, grâce au savoir faire et à l’engagement de nos associations, des militants éducatifs, combien de situations locales s’éclairent avec notre concours, combien d’élus locaux trouvent la possibilité d’articuler l’existant avec cette politique dont ils découvrent les balbutiements et les contradictions.

De la même manière, il eût fallu ne pas dire que nous trouvions important et nécessaire le projet de réforme du lycée, que nous accueillons favorablement les premières intentions dévoilées destinées à développer enfin l’autonomie des élèves. D’autant qu’elles reprenaient en partie celles qui ont suivi la consultation des lycées en 1998. Elles ont depuis perdu beaucoup de ces intentions.

Nous savons d’autant mieux accompagner les politiques publiques que nous sommes indépendants, audacieux, novateurs dans notre philosophie éducative. C’est autonomes et libres que nous sommes utiles à la République, pas serviles ou sous traitant de son impuissance.

Utiles et essentiels à la société, à la République, à la France et à son Ecole, à l’éducation de toute la jeunesse...

Faut-il là aussi le redire.

Jamais l’Ecole et donc la République, ne se serait installés, n’auraient été partagées et reconnues sans l’engagement des militants et associations des mouvements éducatifs laïques.

Depuis 150 ans pour certains, 60 pour d’autres, plus récemment pour d’autres encore tous ceux qui restent à naître, nous avons convaincu, mobilisé l’opinion, protégé, défendu, levé des fonds parfois, inventé, innové, formé, produit, agencé, relié, promu, fabriqué pour cette Ecole.

Jamais sans nous l’éducation ne se serait étendue au-delà de la famille et de l’Ecole pour prendre place dans la cité, dans d’autres institutions publiques.

Jamais l’éducation scolaire n’aurait eu la forme de son service public, ses contours, ses fondements sans notre travail. Parce que nous en partageons les valeurs, égalité, justice sociale, liberté de penser, fraternité et solidarité et bien sûr laïcité.

Mais surtout parce que nous nous obstinons à les mettre en oeuvre, à les mettre à l’épreuve des faits, de la société d’aujourd’hui et de sa nécessaire amélioration.

Nous le faisons au risque de les faire trembler ces valeurs car « des valeurs qui ne tremblent pas ne sont-elles pas des valeurs mortes » aimait à rappeler Jean Jaurès.

Que nous importent des valeurs incrustées au fronton des édifices publics, des Ecoles et qui seraient contredites par la vie réelle de nos concitoyens, petits ou grands.

Jamais l’Ecole n’a progressé dans son ambition démocratique sans notre concours, notre imagination, notre accompagnement critique, notre mobilisation pour qu’elle se transforme afin d’être celle de tous.

Cela vaut particulièrement pour aujourd’hui.

Car nul, sauf ceux qui s’en arrangent parce qu’ils préservent leur privilèges, ne peut se satisfaire d’une Ecole qui demeure organisée pour la fabrique des meilleurs, sans s’interroger d’ailleurs sur les meilleurs et la culture de domination, de compétition, de cynisme, de séparatisme social qui les caractérise trop souvent.

C’est au nom de l’exclusive fabrique des meilleurs que l’Ecole est encore une centrifugeuse, à peine condescendante avec les vaincus du mérite, nous demandant d’ailleurs de les raccrocher. La République ne saurait être charitable et son Ecole non plus : elles doivent être justes au nom du principe d’égalité qui les fondent. Pas l’égalité des chances qu’il faut laisser au loto, aux casinos, à la Française des jeux.

L’égalité de droits et des possibles pour tous et toutes.

C’est pour tout cela, pour toutes ces utilités, ces engagements essentiels que nous sommes décidés à poursuivre et amplifier notre mission complémentaire de l’Ecole :

  • - Complémentaire dans le temps et l’espace de l’Ecole
  • - Complémentaire dans les temps et les espaces des enfants avant, après dans et hors de l’Ecole
  • - Complémentaire au-delà de la scolarité et de la formation initiale, pour un véritable droit à l’éducation et la formation toute sa vie.


Il s’agit bien d’orchestrer, de concilier, de compléter toutes les dimensions formelles, non formelles et informelles de l’éducation avec toutes ses composantes : scolaires, familiales, associatives, personnelles, institutionnelles, militantes….

L’éducation est une mission partagée. Nous en sommes un des acteurs...

Nous fondons notre action sur une philosophie éducative qui a nourri l’éducation nouvelle, y puise encore ses ressorts.

Elle se fonde sur trois convictions :

  • - L’éducabilité de tous les enfants, tous les jeunes sans aucune exception,
  • - L’éducation se situe entre ce qui est et ce qui devrait être : elle a à voir avec le meilleur, avec l’émancipation et le progrès social,
  • - Les enfants et les jeunes sont aussi les acteurs impliqués de leur éducation et de leurs apprentissages.

Nous n’inventons rien de cette dernière conviction. Nous reprenons ce qu’en disait justement et avec force Benjamin Franklin : « tu m’informes, j’oublie, tu m’enseignes, je me souviens, tu m’impliques, j’apprends »

Peut-être d’ailleurs est-ce cette dernière conviction, que nous traduisons par la place que nous faisons aux enfants et aux jeunes dans notre action, que certains veulent nous faire payer par l‘asphyxie. Ce qui domine la pensée et la politique éducative de notre pays, de son gouvernement et de sa majorité parlementaire, peut-être au-delà, c’est plutôt le retour à l‘injonction, au format, au contrôle social, aux normes imposées, à l’uniforme,… Non ?

Même plus avec le maintenant fameux rapport Varinard, qui prépare l’abandon de l’ordonnance de 1945 fondée sur la protection des mineurs au profit d’un code de justice des mineurs. Et son cortège répressif qui se substituerait au primat de l’éducatif, avec l’emprisonnement à 12 ans, la fixation de la majorité pénale à 12 ans, ce qui ne manque pas de nous distinguer au plan européen.

Pour l’extension du domaine de l’éducation : un enjeu de société démocratique...

Pourquoi faire alliance entre toutes les formes et acteurs progressistes de l’éducation ?

Pourquoi combiner les acteurs publics de l’état, des collectivités avec les habitants associés, les institutions culturelles, y compris les industries de l’esprit dont trop sont d’une médiocrité affligeante aujourd’hui, avec les formes plus militantes ?

Parce que comme toujours quand les sociétés sont travaillées par des mutations d’importance, quand elles se posent la question de leur avenir, c’est dans l’éducation qu’elles trouvent les éclairages et les réponses.

Même si nous savons qu’on pense souvent l’éducation pour une époque qui n’existe déjà plus.

Devant des transformations quasi anthropologiques de nos sociétés, par leur nature , devant leur ampleur, leur fulgurance, leur complexité, leur brutalité pour partie, leur caractère ambivalent faisant craindre le pire ou espérer le meilleur, seule une politique éducative imaginative, publique ayant pour objet l’élévation de la citoyenneté démocratique, faisant appel à toutes les forces éducatrices, devrait prévaloir.

Nous en sommes loin avec les calculs à courte vue qui dominent, avec la nostalgie d’un autre temps qui revient au galop, avec la baisse de l’investissement et d e l’esprit publics.

Pourtant si comme se plaisait à l’évoquer Paul Ricoeur, « l’éducation est le patient travail d’adaptation et de désadaptation dans la formation des individus », il faudrait s’y atteler ensemble et sans tarder, tellement s’adapter devient périlleux et se désadapter hasardeux.

Toute démocratie réelle a besoin de confiance et de rassurance entre ses parties. Pas de montée des peurs et de périls.

Nous connaissons les principaux défis qui sont les premiers produits des mutations à l’oeuvre...

Je vous en rappelle 5 parmi les principaux :

  • - Celui de la mondialisation, de notre terre patrie, qui de fait est maintenant l’espace dans lequel il faut se préparer sérieusement à penser le devenir de l’humanité et en organiser la cohabitation pacifique, avec l’Europe comme région d’un monde multipolaire,
  • - Celui d’une nouvelle combinaison à trouver entre unité et diversité, à l’heure de la valorisation des individus et de la montée des identités,
  • - Celui de l’information dans le cadre de la numérisation généralisée qui fait des « données » les matières premières principales de la production économique, de l’organisation sociale, de la vie démocratique et de leur mode de gestion un enjeu pour les libertés privées et publiques,
  • - Celui de la solidarité entre les personnes, les groupes, les états, les générations présentes et à venir, une solidarité posée de manière inédite par l’allongement de la durée des vies humaines et l’impératif écologique qui doit trouver son respect dans l’équilibre entre principe de progrès et principe de précaution,
  • - Celui du vivant, de notre capacité inédite dans l’histoire de l’humanité, à la détruire entièrement où à la fabriquer, voire à en dupliquer ses membres, avec les redoutables questions éthiques ainsi soulevées.


Nous voyons bien la place que devrait prendre une éducation complète et continue, associant toutes ses composantes pour s’emparer de tels défis, pour mieux comprendre le monde afin de ne pas s’y laisser prendre, pour nourrir les imaginaires dont nous aurons besoin, pour ne pas laisser prospérer dans cet océan d’incertitudes les marchands de la peur, des dogmes salvateurs, les gourous, les mages ou les seuls experts.

Nous pouvons déjà dire ce que notre action permet d’anticipation, d’éclairage, de vivre ensemble renouvelé dans un tel contexte.

Nous pourrions faire plus et mieux encore...

A condition qu’on nous respecte et qu’on nous reconnaisse. Vraiment. Sans nous disputer l’essentiel.

Parce que nous sommes des contributeurs de chaque instant de cette nécessaire qualification de la personne dont notre pays a besoin, en commençant par concevoir la meilleure boite à outils possible pour ses enfants, afin qu’ils puissent penser, être et faire, et se préparer à apprendre toute leur vie pour se situer et agir dans un monde devenu d’une complexité inouïe et d’une grande incertitude.

Ne pas nous reconnaître et nous permettre de travailler, c’est encourager dans un tel contexte le « just do it » et le « no future » qui de slogans publicitaires pourraient finir par devenir l’horizon des générations futures.

Nous appelons à un vrai dialogue national et européen sur ces enjeux. Avec tous les acteurs éducatifs institutionnels et militants.

Qui a intérêt à amputer l’éducation de nos enfants, sinon celles et ceux qui voudraient les réduire à la docilité, à l’acceptation de l’ordre des choses, de la pensée unique, à les préparer pour toutes les dominations et les servilités !

Qui a intérêt à orchestrer le découpage en tranche de nos enfants, le cloisonnement et l’instrumentalisation des acteurs éducatifs, sinon celles et ceux qui veulent faire de nos enfants des coeurs de cible, des parts de marché avec les cerveaux disponibles pour les industriels de la pulsion consumériste !

Convaincus, à la relecture de la « lettre aux éducateurs » de Nicolas Sarkozy et de certaines interventions aux accents républicains soutenus de Xavier Darcos, que ce n’est pas leur philosophie de l’éducation ni celle de la place que doivent y conserver les mouvements laïques complémentaires de l’Ecole publique, que notre temps vaut bien celui des garanties bancaires,

Nous les invitons à faire leur cette belle pensée de Claude Lévi-Strauss à qui, ils ont rendu hommage lors de ses 100 ans, « Rien n’est joué, Nous pouvons tout reprendre, Ce qui fût fait et manqué peut être refait. »

A votre copie monsieur le ministre. Corrigez-là !

  • Eric Favey
  • Secrétaire national de la Ligue de l’Enseignement