Sport en banlieue: les politiques publiques ont "pénalisé les femmes" (sociologue)
Par Alain Zarow, mercredi 21 janvier 2009 à 18:54 :: Sports :: #379 :: rss
Les politiques publiques pour développer le sport en banlieue ont "pénalisé les femmes" en visant uniquement à "occuper les garçons dans une logique de pacification urbaine", a estimé mercredi un sociologue invité à un colloque sur les "Sports au féminin dans les banlieues".
Pour Gilles Vieille-Marchiset, maître de conférence à l'Université de France-Comté, les programmes ont, depuis les années 1980, "été ciblés sur la pratique sportive masculine", ce qui a "marginalisé et pénalisé les femmes".
"La logique de pacification urbaine était explicite. Le sport avait bon dos pour occuper les jeunes garçons", a expliqué à l'AFP le sociologue, auteur avec William Gasparini de "Le sport dans les quartiers: Pratiques sociales et politiques publiques".
Organisée à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) par l'Agence pour l'éducation par le sport, cette journée nationale de réflexion a eacute;té l'occasion de souligner la "sous-représentation féminine dans les pratiques sportives et dans l'encadrement" dans les banlieues populaires, et spécialement les zones urbaines sensibles (ZUS).
Selon l'agence, les adolescentes sont dans ces quartiers deux fois moins nombreuses à pratiquer un sport qu'en moyenne en France. Et en grandissant, les écarts se creusent, ont souligné des intervenants en relatant les "stratégies d'émancipation" des femmes sportives d'origine immigrée pour "ne pas heurter les références traditionnelles", familiales ou culturelles.
Ainsi, remarque Anne Tatu-Colasseau, doctorante en sociologie qui a étudié les pratiques sportives féminines dans sept ZUS de Franche-Comté, "la boxe est le sport de combat le plus pratiqué par les femmes dans les quartiers, alors qu'ailleurs c'est le judo, car il y a une distance au corps plus acceptable".
"Après les femmes bourgeoises au XIXe siècle, ce sont aujourd'hui les jeunes filles des quartiers populaires qui doivent développer des stratégies de contournation", estime Cécile Ottogalli-Mazzacavallo, historienne à l'université Lyon 1.
Plusieurs intervenants ont souligné les problèmes persistants "d'accessibilité aux offres sportives" et les difficultés des mères célibataires. (AFP)