Gaza : refusons toute instrumentalisation communautaire
Par Alain Zarow, jeudi 22 janvier 2009 à 22:56 :: Général :: #382 :: rss
La Ligue de l'enseignement et la Ligue des droits de l'Homme publient une déclaration
commune sur le conflit au Proche-Orient, et lancent un large appel à signature
auprès des associations et organisations....
Gaza : refusons toute instrumentalisation communautaire
Déclaration à l'initiative de la Ligue des droits de l'Homme et de la Ligue de
l'enseignement
Le conflit israélo-palestinien est une fois encore entré dans une
phase dramatique. Ce conflit n'est ni religieux ni « ethnique »,
mais bien politique et territorial : l'engrenage de la violence dont les
populations civiles sont les premières victimes s'enracine dans l'aggravation,
depuis des décennies, du sort insupportable fait au peuple palestinien. Rien ne
peut justifier les attaques - d'où qu'elles viennent dirigées contre les
civils. Mais chacun sait, au-delà de la condamnation nécessaire de tout crime
de guerre, que la paix ne pourra advenir sans justice, cette paix par le droit
hors de laquelle aucun des deux peuples ne pourra vivre un avenir humain.
Les 900 morts palestiniens des deux dernières semaines, dont de très nombreux
civils, victimes des bombardements et de l'offensive de l'armée israélienne à
Gaza, comme les 34 morts israéliens des cinq dernières années victimes de
tirs de roquette du Hamas, ne peuvent que soulever une émotion légitime. En
France, nous constatons que la sensibilité à cette actualité tragique
s'exacerbe. Trois actes inacceptables ont été commis à l'encontre de
synagogues à Toulouse et à Saint-Denis et contre une collégienne à
Villiers-le-Bel. Ces actes sont heureusement des faits isolés. Mais la réaction
des autorités politiques françaises qui s'en remettent aux instances
religieuses pour prévenir la violence n'est ni admissible sur le terrain de la
laïcité ni de nature à prévenir les dangers qu'elles invoquent. De même,
l'organisation d'une manifestation communautaire de soutien à l'un des deux
protagonistes du conflit, même si elle est restée isolée, renforce le risque
que l'expression des indignations et des solidarités mette face à face des
communautés dont les membres seraient collectivement assimilés à l'un des
deux camps.
Cette transposition qui enfermerait la liberté de conscience et d'expression
des individus concernés dans une assignation à résidence communautaire ou
religieuse serait porteuse de graves dangers pour le vivre ensemble. Il n'est
pas question de remettre en cause la capacité à s'indigner de ce qui se joue
en Palestine, ni l'expression de telle instance communautaire dans le débat
public qui n'a rien d'illégitime en elle-même, mais de refuser une logique de
transposition dans la société française des conflits et des haines qui déchirent
le Proche-Orient.
Sans alarmisme mais avec vigilance, les organisations soussignées, attachées
au respect de l'égale liberté de chacun, refusent toute mise en scène d'un prétendu
« conflit de civilisations » et rappellent qu'aucun individu ne peut
être étiqueté, stigmatisé ou agressé en raison de ses origines ou de sa
foi, et que les manifestations d'intolérance, de racisme et d'antisémitisme,
loin de servir les causes que leurs auteurs disent soutenir, les salissent et
mettent en danger la vie démocratique.
C'est dans cet esprit que les unes et les autres continueront à défendre le
respect des droits de l'Homme, du droit international et du droit de tous les
peuples à disposer d'eux-mêmes et à vivre en paix dans des frontières sûres
et reconnues.
Pour signer l'appel, voir le lien ci-dessous.
http://www.ldh-france.org/Gaza-refusons-