Service civique, les enjeux pour les associations dès 2010
Par Alain Zarow, mercredi 17 février 2010 à 08:04 :: Général :: #532 :: rss
La proposition de loi instaurant le Service civique est passée en première lecture à l'Assemblée nationale le 4 février dernier. Cette proposition de loi est clairement soutenue par le Haut commissaire à la Jeunesse ; elle figure également dans les projets de mandature du Président de la République. L'objectif affiché est celui d'une nouvelle ère de l'engagement de service civique dans notre pays après les expériences du volontariat associatif et du volontariat civil de cohésion sociale promus après les émeutes de banlieue en 2005. 40 millions d'euros sont inscrits au budget en 2010 pour 10 000 jeunes, dont 6000 dans le monde associatif et 4000 dans les collectivités publiques. La loi devrait être définitivement adoptée d'ici à la fin mars, en cas de vote conforme du Sénat.
Le monde associatif s'était retrouvé en grande partie, en 2007, dans l'appel du magazine « La Vie » pour un service civique obligatoire, repris par les trois principaux candidats à l'élection présidentielle. Après plusieurs mois de travail et de consultation sur le nouveau service, il doit maintenant s'approprier sa nouvelle mouture. Ce ne sera pas forcément une chose aisée. En effet, pour l'essentiel, le monde associatif ne s'est pas lancé dans l'aventure du volontariat, qui est resté confidentiel. Le bénévolat d'une part et le salariat d'autre part forment, depuis plusieurs années maintenant, l'essentiel des ressources humaines associatives. En outre, le nouveau service civique est très marqué par le sceau de la puissance publique. Par ses modalités pratiques (administration, définition des missions, etc.) et par son inscription dans le code du service national et de la cohésion nationale, le législateur rompt avec la tradition du financement, par la puissance publique, de volontariats différents selon qu'ils se réalisent dans le monde associatif ou dans des collectivités publiques.
Si l'on veut que le service civique dans les associations soit à la hauteur de nos espérances, nous devrons donc nous mobiliser, dès à présent, pour se l'approprier pleinement. En effet, comme nous l'avions relevé dans notre étude et le débat organisé à l'automne dernier, si le « volontariat » nexiste pas aujourd'hui culturellement dans notre pays, le Service civique « massifié » créé la possibilité d'une culture de l'engagement volontaire en France, qui peut renforcer considérablement l'impact de notre secteur. Faut-il encore qu'il soit vécu et perçu comme un engagement au service d'une cause d'intérêt général et non comme un sous-emploi ou un faux bénévolat. On perçoit aisément les ambitions d'un tel dispositif pour le monde associatif (renouvellement de ses ressources humaines, ressourcement civique et développement) mais aussi l'ampleur de nos responsabilités (éthique et complexité de la gestion RH).
C'est dans ce contexte que les organisations associatives ont défendu l'importance d'une responsabilité forte des structures d'accueil associatives. Au-delà d'une indemnité versée directement par l'Etat aux jeunes, celles-ci contribueront obligatoirement à leur restauration et/ou à leur transport. Par ailleurs, elles devront, outre l'accompagnement et le tutorat, garantir la participation des jeunes aux formations civiques organisées sur leur territoire. Le défi que représente l'invention de rendez-vous citoyens qui fassent date dans l'insertion civique et sociale des jeunes générations est aussi stimulant que le calibrage de missions qui permettent lépanouissement des volontaires et une bonne articulation avec les autres acteurs de l'association. Les fédérations devront jouer leur rôle dans cette petite révolution car l'isolement renforcera sensiblement les risques évoqués.
La prochaine étape réside dans le passage au Sénat, en deuxième lecture. Nous vous donnons donc rendez-vous au printemps pour poursuivre la réflexion.
Nadia BELLAOUI Vice-présidente de la CPCA en charge de lengagement associatif